Metzengerstein

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mardi 8 juillet 2008

The World's End

metalostincamden

(perdu dans une étable de chevaux infréquentables)

Loin de moi toute idée de vouloir idéaliser Camden Town...non je déconne, la chose est à idéaliser, la chose mérite qu'on se prosterne à ses pieds, qu'on se racle joyeusement les genoux sur les flaques d'eaux encore souillées de chicken noodles à £3 et de fientes oubliées de pigeons embourbés de mauvaises vies, car oui, l'Endroit, le Lieu, le Temple du Vice, l'Enfer des Portefeuilles, la Mecque du Vintage (tout du moins à ma connaissance) c'est Camden Town ! Qu'on ne me parle plus du Marais, du Marché aux Puces, des friperies de bas-étages et toutes ces cochoncetés.

Je me suis levé dimanche avec une impression de jambes coupées; mon périple londonien de la veille fut plus intense que je ne l'imaginais et j'aurai tendance à croire qu'à force d'éthèrances hallucinées mon corps finira par me détester officiellement. Giuseppe et Lena m'ont proposé de m'accompagner à Camden Town pour m'épargner certaines perditions, car il n'est, entre autre, pas superflu de préciser que l'endroit est tout à fait énorme, qu'il s'étale sur des rues entières, des excavations secrètes, dans un ancien hôpital pour chevaux et qu'il est de bon ton de préférer la découverte sobre et disciplinée à l'excitation frénétique qui risquerai de sonner le glas de mes bonnes relations avec ma banque; bref tout un programme.

Retour à Maryland, on prend le DLR qui nous emmène à Liverpool Street. Lena insiste pour nous payer un café, puis direction la Northen Line. Arrivés à Camden Town, on fait la queue devant le distributeur (ils sont toujours autant sollicités quel que soit le quartier), j'en profite pour voir si ma carte marche à nouveau, ce qui heureusement est le cas et retire modestement £20. Giuseppe me glisse à l'oreille qu'il vaudrait quand même mieux que je fasse gaffe à mes poches. Et la découverte se fait.

Il va de soi que nous n'avons pas tout regardé et que je ne sais pas du tout par quoi commencer, l'abondance à ses défauts. Autant dire que ma première vision fut celle du Camden Town Market qui regorge de t-shirts, de vestes, d'accessoires qui ne vont avec rien mais qui ont le mérite d'être regardés et raillés. Rock, Punk, Emo, Goth et je ne sais quoi d'autre, il y a de tout, même des trucs dis vintage incroyablement bien pliés et rangés dans des protections en plastiques qui, à mon humble avis, n'ont encore jamais été ouvertes. Mais à moi on me l'a fait pas, et puis quoi encore, peuh (crachat sur le clavier).

Un peu plus loin les immeubles deviennent colorés, arborent des enseignes complètement barrées (Doc Martens géantes, dragon psyché, tête de mort moche, etc), l'endroit est noir de monde, des originaux se baladent sans complexe, des bulles géantes flottent parmi les passants, ça gueule de partout et moi je me sens comme un trop straight dans tout ce bordel. Alors pour une raison qui m'échappe, je décide de m'acheter pour la première fois de ma vie un couvre-chef. Constatant que j'avais l'air assez bizarre avec, je marchande et baisse le prix à un niveau acceptable, et sort fier de mon acquisition.

Lena nous amène a l'Horses Hospital, qui n'est autre que le pendant plus ou moins souterrain de ce qu'il se passe à la surface. On y trouve des chevaux sur lesquels on ne peut pas monter, au fil des avancées autour et entre les tentations inutiles et superficielles, remarquables et parfois d'un certain mauvais goût, on se prend à rêver et l'on déchante parfois quand on réalise qu'une bonne pelletée des merveilles ne sont, encore une fois, que de fausses-vieilleries tenues par des chinois, Barbes serait-il arrivé jusqu'ici ?

L'honneur est pourtant sauf, car il y a matière à chiner, il y a de quoi se faire devancer par ses pensées devant tout ce choix et je me rappelle encore avoir même voulu acheter des vinyles alors que je n'ai même pas la place, à Paris, d'en posséder le lecteur adéquate, tout ça parce que c'est beau à voir, tout ça parce que c'est cool les vinyles, tout ça pour la montre.

Une fois que Lena en a eu marre de me voir trépigner comme un gosse, parce que elle, Lena, elle connait maintenant, on a bravé la foule d'imbéciles déguisés et la faim empirique m'a fait acheter une barquette de nouilles japonaises à £2, prix louche à souhait, maux d'estomacs post-mangeaille au rendez-vous. L'imbécilité est parfois trop évidente.

Premier jour à Londres

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Il y a un syndrome auquel je n'échappe jamais, c'est la petite terreur du réveil. Un nouvel endroit apporte toujours son lot de perdition dans la panique stupide qui survient lorsque l'on passe à grandes enjambées la mince passerelle qui nous ramène à l'éveil. Mais l'excitation en est décuplée si dans cet endroit maudit, pendant les premiers battements de paupières, se matérialise les premières esquisses d'un but qui n'attend qu'à être accomplit. Ce jour là j'allais enfin découvrir Londres. Depuis le temps qu'on m'en parlait, depuis le temps que je l'avais supposée, espérée et divinisée, il était maintenant grand temps d'inspecter l'agréable curiosité.

Les manutentions matinales effectuées, je décide donc de ne m'encombrer que d'un sac-à-dos et de filer tout droit. Pour l'occasion, je sors avec mon méga Archos de 30 Go trop gros pour tenir dans une poche de jeans avec style, les Arctic Monkeys s'impérialisent dans mes tympans alors que je brave les Squares, Streets et autres Roads direction la station Maryland (qui est plus petite mais moins éloignée que celle de Stratford), la carte postale est prête.

A Maryland ce n'est pas le Tube mais le DLR, sorte de Transilien qui traverse d'une traite toute la proche banlieue pour venir s'échouer à Liverpool Street. On se croirait dans un savant mélange entre La Défense et Châtelet, je sors du hall assez gigantesque, en profite pour me faire bousculer une demi-douzaine de fois et me retrouve enfin à l'air libre. Hop dés le départ je croise une cabine téléphonique rouge avec un taxi stationné juste à côté, l'image est capturée et devient mon nouveau fond d'écran de portable, quel cliché épouvantable.

Je commence ma déambulation et décide de rallier mon point de départ à la station Monument, juste avant le London Bridge. Pour une raison inconnue, les rues criaient le vide, seulement quelques voitures circulaient sans grande conviction, deux ou trois cyclistes, des ouvriers, un homme d'affaire; que s'est-il donc passé ? La découverte de Londres est une chose que j'attendais depuis des temps immémoriaux et la perspective que la ville entière ai décidée de me bouder m'était prodigieusement insupportable. Déjà deux heures de marche et je commençais à me persuader que la prophétie de 28 Days Later s'était réalisée. Les magasins étaient fermés et pourtant 13h s'était imposé. Où aller ? Que faire ?

Tant pis pour la partie est de Londres. Je marche vers Oxford Street affamé, et c'est alors que par je ne sais quelle malice les gens apparaissent subitement sans prévenir, le bruit des klaxons lointains se troc contre un déluge de brouhaha qui semblait s'étaler sur des milliers de kilomètres. Londres était donc à l'ouest, et ma ruée aussi courte est-elle narrée n'aura pas été vaine. Je fonce dans le tas, il me faut à manger et vite où je me fais le premier rosbif qui me vexera. KFC, Starbuck, McDo, non surtout pas, ouf je trouve un Paul, qui éveil mon chauvinisme. Par connerie, je décide de croire que les vendeurs sont francophones, alors je passe ma commande sans une once d'articulation jusqu'à ce que le silence qui s'ensuit ainsi que les regards mépriso-interrogateurs prennent de plus en plus en otage mes facultés analytiques. Honte ultime une seconde fois. La commande passée dans un anglais irréprochable pour faire croire à l'assemblée à une blague avant-gardiste, je file avec ma pitance remonter Oxford Street jusqu'à ce qu'une foule de gens poussent des acclamations que je croyais m'être destinées mais qui en fait annonçait l'arrivée d'un évènement tout à fait remarquable.

La Gay Pride battait son plein avec ses universels chars arborant leurs délicates couleurs avenantes et joyeuses, et c'est l'estomac repu que je commence à me prendre au jeu, à rire bêtement dès qu'un char plus débile que l'autre fait son apparition. Chose notable, les pompiers, les policiers, les ambulanciers, les raëliens peu nombreux (trois), la British Airways et même l'armée faisait partie intégrante du cortège. Quel pays étonnant. Le boulevard redevenu hétéro, je continue mon périple en en me risquant dans les grosses enseignes, (Primark, H&M et tout le tintouin) mais abandonne très vite face aux combats de catch à grande échelle que se livrent des adeptes des soldes. Tant pis, je passe par Marble Arch et m'échoue à Hype Park noir de monde. Là rebelotte, il s'y passe un truc. Concert des Stooges, Supergrass, des Hives, etc. Ouah quelle chance, mais je déchante très vite quand on me tend un flyer où il était éhontément dactylographié £40. Tant pis, il se fait tard et pour une raison qui m'échappe ma carte bancaire avait décidé de ne pas fonctionner, ce qui est une bonne chose car à Londres voyez-vous, on dégaine sa carte tous les trois cent pas et c'est une activité tellement réputée qu'il est inévitable de faire la queue au distributeur. Ainsi se termine prématurément cette première approche.

Rentré à Stratford, je découvre mes deux autres colocs; Giuseppe le sicilien et Lena la suisse-allemande. Première conversation, j'impose violemment une certaine timidité vite estompée par une Heck's que l'on m'offre. Mon dieu, enfin des gens à qui parler, ils ne sont pas anglais mais qu'importe, ils sont humains, ils parlent anglais bien meilleur que le mien du fait de leurs nombreux voyages respectifs. Pendant ce temps là, David l'anglais timide passe avec sa brosse à dent sans dire un mot. Echange de regards discrets entre nous trois. On m'explique que David et Larry (le dernier coloc, le grand black mangeur de mayo) sont des ours mal léchés peu prompts à la causerie. Qu'importe car le hasard aura voulu que ce soir là soit l'anniversaire de Giuseppe. Happy Birthday aura été chanté dans quatre langues, vidéo à l'appuie. A cinq heure du matin je réalise que ma huitième bière est celle de trop et qu'il est plus que temps d'aller dormir. Demain dimanche c'est sûr, je serai à Camden Town.

samedi 5 juillet 2008

Third Zone

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Ce matin je suis partis à Londres. C'est pour un peu moins de deux mois que j'ai filé à l'anglaise car it must improve my english. 16h25 heure locale, je me rappelle encore mon extase en ayant vu l'avion au dessus de la mer et de chaque côté un bout de France, de l'autre un bout d'Angleterre, la Manche est ridiculement petite !

Je suis arrivé à London Heathrow avec dix minutes de retard, et comme je me devais d'être à l'est de Londres dans l'heure qui suivait ce foulage d'asphalte, j'ai décidé de m'organiser. A peine arrivé et pour ne pas honorer ma maladresse innée, j'ai suivi à la lettre les instructions que j'avais noté pour moi-même sur un carnet de note rangé sur la poche arrière droite de mon jean. Direction les baggage reclaim, on est toujours trop tenté de frémir à l'idée de perdre sa valise, heureusement la malchance ne s'est pas manifestée, mais elle ne fait toujours que somnoler. Les charges en place, les poignets affutés et le regard décidé, me voilà qui jalonne les couloirs en me croyant presque anglais vers le fameux Underground.

La Oyster Card est, m'a t'on dit, un élément de choix dans la perspective de braver Londres à coup de transports en commun, et c'est tout naturellement que je me dirige vers la file d'attente. Les N'gélés sont décomplexés en Angleterre, ça n'est pas comme chez nous, ici c'est la grande classe, ça n'gélette avec délicatesse et droiture, et surtout ça se couvre la tête, oui messieurs. C'est donc un N'gélé enturbanné qui m'accueille. Manque de bol, le bougre est patibulaire, peu prompt à la patience et surtout parle l'anglais avec un accent indien tellement prononcé que Peter Sellers lui-même n'aurait pas pu faire mieux. Je fais ma requête, il me répond, je comprends rien. Et ça dure comme ça dix bonnes minutes; le mec s'agace, la file d'attente grogne et moi je cherche à traduire une broutille inutile mais nécessaire. Honte ultime. Finalement j'obtiens mon sésame, non sans mal, mais ça me fou les j'tons de rien comprendre comme ça; merde, ça commence TRES mal.

Passage métro, trop facile, hé mon la fait pas à moi j'habite Paris. Arrivée à Stratford (qui au passage n'est autre que la ville qui a vu naître Shakespeare, j'ai lu ça sur une pancarte), une heure de retard, j'appelle ce fameux Steve Wadey, celui qui doit me passer les clés de l'appart, le monsieur m'attendait depuis très longtemps devant la gare avec un panneau à mon nom: I'm so sorry ! Don't worry ! Et là il me fait un énorme sourire, commence à prendre mes affaires avec vigueur et nous installe elles et moi dans sa citroën. Pendant 0.657 seconde je me dis "merde je suis sur le siège du conducteur mais y'a pas de volant", après ça j'imagine un jiggle tambour pour souligner cette blague. Enfin les clés sont à moi. Je suis dans un petite maison, les formalités contractuelles se passent, on se sert la main, adieu.

Je sors, dehors le temps est étrange, je l'avais pas encore remarqué, toute ma journée sétait déroulée dans des transports. Mais oui, le temps est bizarre, il y a des maisons en tuile comme on en voit dans les documentaires, petites maisons d'ouvriers, il y a un ciel gris étrange, le sol est noir ou marron, des sacs plastiques volent, c'est un western dans le nord. Vite il faut se nourrir, faire des réserves. Je file au Morrisson's (sorte de Monoprix local) au lieu de jeter mon dévolu sur les nombreux n'gélés du coin, je croise au passage des vieux punks chauves, des mecs avec d'énormes t-shirts moches, des wesh obèses, joufflus et sanguins. Dans le supermarket les articles m'interpellent, mais pour ne pas tenter le diable je décide de n'acheter que ce qui ressemble le plus à ma nourriture de base francaise, on verra plus tard pour les tentatives culinaires; pour £20 j'ai de quoi tenir à peu près une semaine, c'est une bonne pioche. Je rentre dans la maison, me rend compte qu'il y a en fait deux grands frigos, qu'ils ne sont pas vides et tombe nez-à-nez devant un mec en train de manger nonchalamment ses céréales dans ma cuisine nouvellement acquise depuis déjà une demi-heure (voir moins).

"Bordel mais t'es qui toi ?" (en français dans le texte), "Hi I'm David, are you french ?". Silence dans la salle. C'est comme ça que j'ai fait l'inintéressante rencontre de David, un anglais qui s'avère être mon coloc, de même qu'un grand black pas aimable qui mange de la mayo à même le tube, de deux autres mystérieux colocs dont j'ai seulement entendu les pas tout à l'heure. Tout le monde s'enferme dans sa chambre, personne ne cherche à causer. Peut-être qu'ils aiment pas les français. Peut-être qu'ils aiment pas les chevelus. Peut-être qu'ils se causent pas déjà entre eux et voient pas pourquoi ils le feraient avec moi. Soit.

Je mange une pizza et des fraises, puis je décide d'aller fumer une clope dans le jardin. Dehors il y a de la musique à plein volume et des cris de joie, je regarde le ciel un moment et un chat se frotte sur moi en réclamant avec des miaulements mon attention. Lui au moins à quelque chose à me dire. J'ai mal à la tête, sans savoir pourquoi. Je rentre dans ma chambre, me demande si je vais uniquement errer tout seul pendant deux mois, connecte le Wifi et écris ici. Demain je vais voir Londres et provoquerai le hasard.

mardi 27 mai 2008

Le jour où j'ai rencontré George Lucas

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L'air de rien, ne pas écrire ici pendant un temps suffit à se faire oublier, mais là n'est pas le propos. Aujourd'hui j'ai finalement quitté La Fontaine de Mars sans euphories ni banderoles, il était temps, mais j'ai rencontré George Lucas. C'était comme s'en aller en beauté; hier encore c'était la fête des mères, on s'est fait déchiré pendant le service, ce soir pourtant ce fut relativement calme, mais assez singulier pour être remarquable. Le bonhomme était un peu trapu sur les bords, un peu quelconque, passable et son allure franchement commune; mais pourtant oui, c'est un homme qui a marqué son siècle, celui qui eu une vision, très inspirée des très modernes royaumes oubliés, notre Histoire et Kagemusha, au moment où personne n'en avait. L'homme n'a été tenté que par des choix banals, un pauvre oeuf madiran, le grand classique filet de boeuf sauce béarnaise, un croustifondant trop chocolaté à mon goût, tous servis sous mes bons auspices. Mais quand même, s'il fut peu prompt à la discussion, comme blasé voir ignorant de son mythe, Georges Lucas est un monument, je n'ai pas osé des références aux sabres lasers, je ne lui ai pas dit que la force est partout sauf ici, que les Siths finalement sont bien plus que deux en ce monde (la preuve, j'en suis un, et un vrai, ah oui, les Jedis sont trop naïfs à mes yeux), je ne lui ai pas demandé si une troisième trilogie lui trottait dans le crâne (chose que finalement je souhaiterai avec une avidité de fan), je n'ai été qu'un banal serveur n'ayant même pas eu l'audace de lui réclamer une quelconue relique inestimable, mais je ne m'en mord pas les doigts car le monsieur a l'autographe laid et sans conviction. Non, il s'en est allé aussi communément qu'il est venu, sous mes yeux faussements hystériques et je me flatte d'avoir au moins pu lui dire qui j'étais. Rien de plus, rien de moins.

Je m'en suis allé de ce restaurant. La fête a commencé à l'O'Brian rue St Dominique, les pintes ont fusées, les flèchettes aussi, les clopes se sont dégainées d'elles mêmes, le tableau du pub affichait un message d'adieu et d'encouragements qui m'était adressé dans la langue de Molière et de Kawabata. Être serveur n'est pas une mince affaire, comme cuisinier; c'est un travail de longue haleine, une quête souvent déçue vers une reconnaissance utopique, un simulacre de joyeusetés, on s'offre aux autres et on attend de voir ce qu'on voudra bien nous accorder, si vous allez manger quelque part, s'il vous plait ne soyez caniches, restez humains. Je ne me rappelle plus de l'after pub, c'était sur les Champs Elysées, un endroit un peu spécial et sans ambiance où des plateaux de charcuterie, de foie gras, de fromages, de vin, de calvados et de chardonnay ont défilé sur la table sans qu'on me prévienne, on m'a empèché de sortir un billet et même ma carte. Gabriel, Olivier, Julien, Hubert, Hideyuki, Kohichi, Grégory, Romain et Nicolas, des ex-collègues de taff assez incroyables, certains pères, mentors et potes. Le leitmotiv est "courage !", je m'en souviendrai messieurs, oui.

Et puis il y a eu Mouss, rencontre inopinée et singulière à Franklin D.Rossevelt, un pote de plus à croiser dans le 8ème arrondissement; pourquoi pas. En prenant le métro de 5h, j'ai vu un homme en costar en partance pour son boulot, l'air triste et loin de lui, alors on a causé, il était pressé mais m'a serré la main très fort avec une gratitude inimitable. En rentrant je n'ai finalement pas regardé Star Wars, manque de saveur, j'ai plutôt aimablement tutoyé les madeleines, avec un sourire. Qui suis-je si ce n'est en ce moment seulement et parfaitement moi ?

mardi 29 janvier 2008

Proximité des branes

Carlos__RTT_

Les rubriques nécrologiques ont toujours eu un effet formidable sur ma conception d'une fin. Aussi loin que je m'en souvienne, ces lignes impersonnelles s'étaient imposées à mes yeux accidentellement alors que je parcourais négligemment un journal tout en regardant Walker Texas Ranger avec mon grand-père; l'expérience, quoique nourrie d'une avide curiosité s'était révélée aussi marquante que furtive. J'ai toujours plus ou moins accordé la brièveté du moment à la gène ressentie lorsque mes yeux d'une dizaine d'années se confrontaient pour la première fois à des identités, un nom, une date de naissance et de décès, ne pesant plus sur toute la surface de la Terre. On peut facilement retrouver ce sentiment badaud en contemplant la photo d'un auteur du début du siècle, mais l'effet est plus étrange encore si l'on a affaire une personne récemment disparue, genre Carlos ou Henri Salvador.

Ma condition sociale fait que ma mort sera pour le monde un évènement négligeable. Pourtant, à mes yeux, elle devrait être une affaire d'une importance inégalable, une chose à souligner à grands traits dans l'Histoire, le monde pesant sans moi est même inconcevable. Je crois que c'est au CP que j'ai réellement pris conscience de la possibilité de ce genre de point final à cette longue phrase qu'est la vie. Jusque là, il me semble n'avoir que supposé la chose, et les rares entretiens avec moi-même se terminaient tout le temps par le constat suivant: "si je meurs, ce sera forcément pour de faux". Et puis la chose s'est envenimée, au fur et à mesure que les prises de conscience se sont chevauchées il a bien fallut se rendre à certaines évidences.

La mort n'est pas forcément dramatique, elle n'a rien d'un châtiment, on la rend terrible en y ajoutant des glas et des complaintes de cortège, des anges vengeurs, des fleuves infernaux; ma principale prise de conscience, celle sur laquelle je bute inexorablement sans pouvoir trouver une idée plus réconfortante, est qu'elle n'est qu'une immersion totale dans l'inconnu, aussi inqualifiable soit-il, ce n'est ni un enfer, un paradis, une errance sans fin, une éternité coincé dans sa tombe, une loi du Karma, c'est impérieusement le néant. Au fond, ce n'est pas la mort qui m'effraie, c'est de ne plus vivre cette vie qui est l'unique support que je connaisse pour exister.

Il me semble que la principale raison qui me fait difficilement supporter l'idée d'une simple stèle mortuaire comme témoignage de ma vie vient de Schopenhauer: "le monde est la représentation que j'en fais". Qu'est-ce qu'une tombe inerte à côté des séismes provoqués par mes pensées ? Pourquoi me satisfaire d'une petite place dans un colombarium alors que j'ai toujours eu la vocation d'encombrer la Terre entière de ma présence ? La tentation de devoir penser autrement est grande, seulement le nombrilisme a cette vertu de me savoir être existant; se nier c'est sombrer, mais qu'importe si je me vois d'une mauvaise manière, je n'aspire qu'à exister. Le monde subsiste ainsi à travers moi, c'est un fait que je prouve tous les jours en vivant, il a commencé et finira selon moi, de la même manière que la Tour Eiffel ressemble à l'idée que j'en ai ou que les Dragibus ont ce goût unique que je suis seul à percevoir. Pourtant rien ne sert de crier son existence aux yeux du monde pour chercher l'éternité, car, d'après Bossuet, de personne je deviendrai cadavre, de cadavre poussière, de poussière une chose n'ayant plus aucun nom dans aucune langue. Le reste n'est que vestiges et souvenirs qui eux-même s'estompent une fois que leurs hôtes s'en iront à leur tour. Ce n'est pas triste, mais étourdissant.

samedi 12 janvier 2008

Brought on by hours

Rocketeer

Je n'avais pas forcément récolté énormément d'argent lorsque j'avais pour projet, il y a un an et demi de ça, de me procurer un gros sac à dos et prendre un premier billet d'avion pour le Canada. De là, une escapade autour du monde, soigneusement planifiée par mes soins dans les tréfonds de mon esprit déjà mangé par la nuit, devait me mener droit vers un inconnu habillement provoqué. Un petit détour par Paris censé me mettre daccord avec moi-même sur le fait que j'aurai quand même essayé, mais vainement, de trouver de quoi me loger, aurait trés surement provoqué en moins un mécanisme de déculpabilisation, mécanisme engendrant dés lors un sentiment de choix possibles provoqué par ce que l'on nomme l'indéterminisme. C'est comme ça que les choses devaient logiquement se passer.

L'acte libre est ce qui fait l'orgueil de ce nouvel ordre du monde dont on note l'émergence peu aprés la seconde guerre mondiale, il est une des caractéristiques fondamentales de cette liberté dénégénératrice que l'on nomme l'individualisme. Etant donné que je travaillais des nuits entières, qu'à force d'actes répétés mon corps s'en trouvait gouverné par un automatisme me laissant un champ infiniment libre pour penser, je m'étais déjà assez entretenu avec moi-même pour planifier mon prochain choix élémentaire, si ce n'est risqué, voir déterminant. Mais voilà, mon petit détour à Paris s'est finalement transformé en posage de valises et j'en viens désormais tous les jours à être mon propre interlocuteur en établissant le système du principe de causalité; "mais qu'est-ce qui a bien pu merder ?". Pétage de plomb ? Connerie ? Eternelle faiblesse ? J'ai une trés longue liste d'accusés, mais j'ai pourtant bien senti que la solution se trouvait quelque part ailleur ou plus précisément quelque part un peu avant l'année 2000.

J'ai 13 ans. Je viens de terminer ma troisième histoire de pré-adolescent, quelque chose au titre stupide et qui semble au fond n'avoir rien a raconter mais qui pourtant monopolise depuis des semaines mon attention, c'est un voyage de tous les sens où je jouie sans même en prendre conscience d'avoir un control absolu. Mes personnages parlent, se battent, meurent selon ma volonté. A cet instant précis mes yeux portent leur regard sur la fenêtre de ma chambre, étant assis je ne vois que le ciel et une route au loin, mais mon esprit lui voit mille évènements (Baudelaire, je l'apprendrai plus tard, disait que c'est à travers les fenêtres que l'on voit le plus de chose) et l'une d'entre elle est une promesse inconsciente faite avec moi-même: la promesse de mener la vie que je souhaite. Il me semble qu'aprés ça, le monde devint différent et mon control sur l'existence décrut au fur et a mesure que mon visage se colorait d'éruptions liées à mes changements corporels, eux aussi, incontrolables.

C'est ainsi que je compris que la nature, en dépit des protestations liées à l'individualisme, s'attelait à faire des choix à la place des êtres vivants. Cependant je nourris le secret espoir de reprendre le control sur les évènements, ça n'est qu'une question de temps et aussi de courage. Mon sac a toujours été prêt, juste au cas où.

jeudi 29 novembre 2007

Figures de style en attendant d'avoir des choses à raconter

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J'ai été attaqué il y a deux jours par un démon du mal de bide. Le résultat de cette malheureuse expérience fut un aller direct vers des délires fiévreux mêlant à la fois une identification absurde à Ichi The Killer et un voyage dans le pessimisme schopenhauerien, le tout entrecoupé de rudes entretiens, la tête penchée et le corps vaincu, avec mes wc. Et c'est une Pom pourtant qui m'a sauvé ! Merci Julien d'avoir eu la brillante idée de récupérer des surgelés Marie ayant traversés les ages dans les tréfonds du frigo de tes employeurs, une telle preuve d'esprit est remarquable. Je m'en souviendrai.

Pire; je constate avec effroi que mon nain d'ordinateur portable semble rendre peu a peu l'âme en poussant des râles de désespoir, faisant grincer le disque dur en témoignage de son mécontentement face à la moindre de mes manipulations pourtant sommaire (ouvrir un dossier, écouter un morceau, aller au bout de cette parenthèse, etc), s'éteignant subitement sans aucune raison précise et faisant disparaître dans le néant certains fichiers. C'est le moment de faire ma liste de Noël.

Pire; parlons-en de Noël ! Ces salauds de grévistes, pour le moment la SNCF, que je salut une nouvelle fois, ont eu la brillante idée de lancer un préavis de grève pour le 20 décembre prochain, avec bien évidement une intention de reconduite, ce qui, justement, remet en cause les soirs de 24 décembre en famille, dont le mien. Je ne suis pas du tout de Droite, mais je me sens bien loin du côté opposé pourtant, les deux côtés vont de toute façon l'un et l'autre dans la même direction, à tour de rôle, celle de l'absurdité. J'ai des envies de violence assez excessives vis-à-vis de ces autistes socialistes de la larmoyance éternelle, eux qui se plaignent d'en faire trop, trop longtemps, dans de trop mauvaises conditions, alors qu'il est bien connu que tout cheminot jouie d'avantages assez incroyables, si ce n'est impertinents. J'ai quand même presque honte d'aller expliquer aux étrangers, les américains niais, les japonais a l'affût et les n'gélés moustachus qui se retrouvent paumés en plein Paris qu'ils sont eux aussi les victimes des "French Strikes", tout en tentant de placer dans mon explication une pointe d'ironie pour leur prouver qu'il existe pourtant quelques frenchy qui font autre chose que chouiner. Enfin tout ça n'engage que moi. Vive la Fransse.

		

dimanche 25 novembre 2007

Y'en a marre !

J'avais pour pharaonique projet de faire une grosse note dessus, d'y mettre, comme à mon habitude, pleins de conneries étourdissantes pour tenter d'expier littéralement mon ressentiment sur ce sujet brûlant du moment et qui m'emmerde au quotidien. Mais c'est après avoir tapé le mot clé "dromadaire" sur YouTube que j'ai eu l'improbable idée de synthétiser mon mépris par ce qui suit, bien je ne vois pas ce qu'un dromadaire viens faire ici et surtout pourquoi je mange actuellement ce fromage de chèvre avec un casque sur la tête tout en écoutant une reprise en Ré mineur de Bohemian Rhapsody par Francis Lalanne. Je souhaite un joyeux anniversaire à Jean-Marie.

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lundi 12 novembre 2007

Waving my head on this place

sydfeet

Mon espérance aveugle n'a en fin de compte jamais vu le jour. Je parle de celle traduite dans une note datée du 11 septembre, qui plus qu'être un fait marquant dans l'histoire de ce début du 21ème siècle reste le jour de l'anniversaire de ma mère, où je cause non sans euphorie d'une chose qui ne s'est finalement jamais réalisée, à savoir ce fameux 65m² à loyer incroyablement bas; c'est comme si tout espoir devait être sévèrement puni.

Et quelle punition ! Ces deux derniers mois ont été une sorte d'épreuve ponctuée d'emmerdes et de situations absurdes auxquelles Homère lui-même n'aurait pas songé. Je ne suis pas Ulysse vu que je ne suis pas barbu, mais là où je lisais son Odyssée avec recul, me disant en mon fort intérieur que c'était vraiment pas de bol pour lui, jamais je n'aurai pensé être un aventurier malgré moi dans Paris. Mes affaires ici alors que je me trouvais là, les déambulations d'arrondissements en arrondissements à la recherche d'un lavomatic, les soirées dans une chambre de bonne à George V, les nuits de 3h, les transportages de cartons par métro et un fatalisme persistant de ma part.

En fin de compte, jamais je n'aurai imaginé que trouver un appart' à Paris était une expédition moderne, la légende de l'agent immobilier parisien est donc vraie: il est véreux et inhumain à souhait, il se délecte de ces assemblées d'étudiants et nécessiteux obligés de faire la queue dans des escaliers en colimaçon pour entrer par pelletées méthodiquement orchestrées dans l'objet de leur convoitise. Certains s'émerveillent, d'autres posent des questions, d'autres encore donnent l'impression d'en être à leur énième visite, nous sommes tous des concurrents mais on blague quand même les uns les autres, c'est ce qu'il y a de mieux à faire quand c'est absurde, c'est ce qu'il faut faire pour ne pas laisser tomber. Et nos dossiers, nos arguments, nos chiffres charmeurs, l'agent les prends uns à uns, et qu'importe les sourires, les merci et les aurevoirs, son langage s'appelle "salaire net", "garants", "CDI",.

"Etudiant en art dramatique avec CDI à temps complet, deux parents garants, caution locapass, sans compter les pourboires de 80€ par semaine", voilà, c'est mon profil actuel. Je pensais qu'avec ça ce serai quand même assez facile d'avoir quelque chose, que neni ! Finalement, j'ai quand même fini par trouver mon home sweet home à égale distance entre République et Gare de l'Est, et depuis trois jours j'ai mon p'tit matelas, une valise, y'a de l'écho dans la pièce et je capte difficilement le Wifi du voisin, mais c'est chez moi !

Wined and dined, oh it seemed just like a dream

Je tiens surtout à remercier quelques personnes sans qui franchement je crois que je ne me serai jamais sorti de cette désastreuse affaire: Pom, Rollo, Rikki, H, Max, mes parents et ma banquière, merci, merci et merci.

vendredi 28 septembre 2007

Dance, dance, dance, dance to the radio

joy_division

Anton Corbijn, photographe de Joy Division, a sorti "Control", film retracant l'histoire de ce groupe, et notamment la vie de Ian Curtis. Que le lecteur y court.